Je dédie cet article à mon petit pote David, 7 ans, qui s'intéresse à l'histoire de sa ville, Beaumont le Roger.
Cette gravure représente les contreforts du prieuré de la Sainte Trinité, construit par Roger de Beaumont qui voulait fonder une collégiale près de son château.
Le terrain était fort pentu et peu propice à l'implantation d'une abbaye et de logements pour les religieux.
Qu'importe, Roger voulait son abbaye là. Elle fut implantée en rognant sur le mont avec cette sublime entrée voûtée qui subsiste encore, avec quatre minarets adhérant à l'église par la gauche, le terrain étant soutenu par d'énormes murailles, elles même étançonnées par de forts piliers massifs en pierre de quarante trois pieds de hauteur.
L'inauguration était fixée au début de l'an 1087, mais la mort de Guillaume le Conquérant, qui devait assister à la cérémonie de la dédicace fit reculer celle-ci.
Roger de Beaumont dota richement la collégiale. Les témoins de l'acte furent Robert Courte-Heuse, fils de Guillaume le Conquérant, Robert d'Harcourt, Roger de Thibouville, Thierry de Launay, Ranulphe de Bigars et autres seigneurs de la contrée.
Malgré cela, Roger de Beaumont se retira à l'abbaye des Préaux, comme l'avait fit son père Onfroy de Vieilles et y mourut en 1094, âgé de plus de quatre-vingts ans. Son fils Guillaume était abbé du Bec.
Le nom de Beaumont le Roger était alors célèbre dans toute l'Europe ainsi que celui du Bec, tout proche, dont l'abbaye était fréquentée par les plus grands princes qui venaient y étudier les sciences et les lettres.
En 1118, Robert de Meulan, fils aîné de Roger de Beaumont, fonda à l'orée de la forêt le Prieuré de Grammont, dont il ne reste aujourd'hui que quelques ruines.
En 1135, Raoul de Grosley, chanoine de l'abbaye de la Sainte Trinité, donna à la collégiale l'église Saint Pierre de la Huanière.
En 1142, les chanoines de la collégiale furent remplacés par des moines et la Sainte Trinité devint prieuré dépendant de l'Abbaye du Bec. La donation fut approuvée par une bulle du pape Innocent II.
Le prieuré de la sainte Trinité continuait de recevoir des dons, des rentes et des terres. La liste des donations est interminable. Louis IX passa par Beaumont en 1258 et afferma aux religieux du Prieuré les vignes sises près du château.
L'archevêque, Eudes Rigaux, visitant le Prieuré le 24 avril de cette même année, y trouva cinq moines qui mangeaient de la viande deux fois par semaine. Il leur ordonna de s'en abstenir. Les moine jouissaient alors de deux mille livres de rentes et de provisions en quantité suffisantes pour tenir jusqu'à la récolte suivante.
Les moines de Beaumont et du Bec étaient attachés à leurs droits et étaient en procès avec les paroisses au sujet de dîmes et de redevances.
En 1307, Philippe le Bel accorda aux religieux du Bec et de Beaumont le privilège de relever directement de la couronne, de transporter, d'acheter et de vendre dans tous le royaume des marchandises exemptes de tous droits.
En 1790, la révolution passa par là, et le prieuré en souffrit gravement. Les moines disparurent. Ce sont des commerçants de Rouen qui apportèrent des pierres provenant du château du président du parlement de Rouen pour le consolider et retirent les moellons qui obturaient les croisées. A cette époque, une source jaillissait aux pieds des remparts.
En 1847, les bâtiments furent adjugés à un marchand de matériaux qui démantela l'édifice sans arrières pensées, jetant aux décombres les dépouilles des moines conservées dans les linceuls de cuir tannés et cousus.
Un membre de l'Institut, M.Lenormand, dès qu'il en fut informé, arrêta la destruction malheureusement très avancée en rachetant ce qui restait au nom de la Société des Antiquaires.

L'église est en ruines, seules restaient intactes les murailles et le couloir d'accès. Malheureusement, une partie de ces murailles fut démolie, malgré de vives protestations, lorsque la direction de l'équipement décida d'élargir le chemin pour faire la route qui mène à Brionne.
Il ne reste plus du glorieux prieuré de la Sainte Trinité voulu par Roger de Beaumont que ces quelques ruines qui sont aujourd'hui une promenade publique.