dimanche 16 mars 2014

Barheïn, la voix de la Russie

Barheïn, silence on tue, et là aussi, tout le monde s'en fout. 

Pendant que les projecteurs et les caméras restaient braqués sur les manifestations de Kiev ou de Caracas, les grands médias ont visiblement manqué de personnel pour couvrir les manifestations populaires qui se déroulent depuis trois ans au Bahreïn. Ce petit pays insulaire d'Arabie, est situé près de la côte ouest du Golfe Persique au Moyen-Orient. Le désert représente 92 % de son territoire, où les terres arables sont en voie de disparition. L'économie repose, comme pour la plupart de ses voisins, sur l'exploitation des ressources naturelles principalement énergétiques, avec le pétrole et le gaz naturel, mais également sur la pêche, une activité majeure avec la récolte des perles. Voilà pour le décor. Mais c?est là que se joue un drame qui ne semble pas émouvoir ni l'UE, ni les Etats-Unis, si prompts d'habitude à larmoyer pour défendre "la liberté et la démocratie". C'est pourtant pour cette cause, que 300.000 personnes ont manifesté dans Manama, la capitale du pays, pour marquer le troisième anniversaire de l'insurrection populaire dans la résidence de la 5e flotte américaine dans le golfe Persique. Contrairement aux révoltes en Egypte, en Libye et en Syrie, ce soulèvement populaire n'a pas été créé et manipulé par les manoeuvres de l'Occident ou de forces spéciales. Et ils étaient bien plus nombreux encore à travers tout le pays à défier le gouvernement, la violence de la police et un système de justice médiéval.   En effet, les tribunaux sont régulièrement utilisés comme un outil politique pour punir les dissidents. Ils défilaient justement en scandant des slogans hostiles au roi Hamad qui venait de signer un projet de loi imposant une peine d'emprisonnement de sept ans et une amende allant jusqu'à 20.000 euros pour l'avoir insulté. Des mesures prises suite aux manifestations de Juillet, qui dénonçaient les interdictions de sit-in ou de rassemblements publics dans la capitale. Contrairement à Kiev, la police anti-émeute n'a pas fait preuve d'une grande retenue. Elle n'a pas tardé à user de manière excessive des gaz lacrymogènes et à tirer sur les manifestants, provoquant des centaines de blessés et la mort de 93 d'entre eux. Au moins pour ceux-là, éviteront-ils le sort des 2 200 prisonniers politiques qu'accueillent les geôles du pays où l'on pratique la torture comme discipline nationale.   Depuis trois ans d'insurrection, de multiples cas de violations des droits humains par le gouvernement ont été recensés. Le large mécontentement social de la population, majoritairement chiite, est maintenu par la terreur du pouvoir monarchique sunnite qui n'a pas hésité à avoir plusieurs fois recours aux puissances voisines que sont les Emirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite (d'importants clients de la France, notamment en achat d'armements), pour mâter ces révoltes populaires. Riad ayant elle-même fait intervenir des troupes pakistanaises pour la basse besogne.   Cette répression inutile et brutale a embrasé le pays jusque dans les villages. Dans certains districts, les Bahreïni ont répliqué aux violences policières en lançant des cocktails Molotov et, comme sur la place Maïdan, ils ont érigé sur la place de la Perle, des barricades de pneus qu'ils ont enflammés. Les 300 000 manifestants à Bahreïn dont les exigences portaient sur l'obtention de véritables droits politiques participatifs, sont restés largement ignorés par les médias, les États, comme les ONG internationales. Manque de chance pour eux, ou erreur de communication, ils n'ont pas pensé à réclamer leur adhésion à l'Union Européenne. Alors circulez, y'a rien à voir et contentez-vous d'approuver les coups d'Etat contre les gouvernements légitimes de Kiev ou de Caracas. Pour les démocraties occidentales et leurs alliés, il en va pour la liberté, comme pour l'écrivain américain Mark Twain, qui déjà au 19ème siècle constatait, je cite : "Dans notre pays, nous jouissons de ces trois choses parmi les plus précieuses qui soient : la liberté d'expression, la liberté de conscience, et la grande prudence de ne pas les exercer."

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